Médicaments

La HAS alerte sur des pressions accrues dans l’évaluation des produits de santé

Dans une tribune publiée le 13 avril 2026 dans Les Échos, huit membres du Collège de la Haute Autorité de santé dénoncent des « procédés inacceptables » et des « pressions excessives » exercées par certains industriels sur des dossiers en cours d’évaluation. L’institution dit observer une intensification récente de ces pratiques, susceptibles, selon elle, de fragiliser son indépendance scientifique.

  • guteksk7/IStock
  • 15 Avr 2026
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    La Haute Autorité de santé (HAS) a choisi de rendre publique son inquiétude face à des interventions jugées de plus en plus appuyées dans le cadre de l’évaluation des médicaments et des dispositifs médicaux en vue de leur remboursement. Dans une tribune publiée le 13 avril par Les Échos, huit membres de son Collège évoquent une dynamique qui semble « s’accélérer depuis quelques mois ».

    Les signataires dénoncent des tentatives visant à infléchir l’examen de certains dossiers « en imposant un récit fondé sur l’émotion plutôt que sur les preuves ». Ils rappellent que la HAS est chargée d’évaluer les produits de santé susceptibles d’être pris en charge et d’en apprécier le niveau, avant la négociation du prix entre l’État et l’industriel.

    Des interventions via plusieurs relais

    Président de la HAS depuis 2023, Lionel Collet précise que ces pressions émanent « surtout du médicament, mais aussi un peu des dispositifs médicaux ». Selon lui, certains industriels cherchent à peser sur l’évaluation « au travers de sociétés savantes, au travers d’associations de patients, voire auprès de l’exécutif ».

    Sans citer de nom, il rapporte un épisode survenu il y a un an : « Un industriel en désaccord avec une de nos évaluations n'a pas hésité à écrire au président de la République, avec copie au Premier ministre et à trois ministres. » Si le lobbying n’est pas inédit, Lionel Collet estime toutefois constater « un changement de mentalité », avec « une approche beaucoup plus financière de la part d'industriels depuis une dizaine d'années ».

    Il évoque aussi des écarts dans le respect des usages : « Il y a des règles de bonne conduite qui sont respectées par certains industriels et d'autres qui veulent tranquillement s'en affranchir. » D’après lui, cette manière d’agir concerne aussi bien des entreprises réalisant quelques milliards d’euros de chiffre d’affaires que des groupes pesant « quelques dizaines de milliards d’euros ».

    La menace d’un "name and shame"

    Pour la HAS, cette prise de parole vaut avertissement. Lionel Collet indique se réserver la possibilité de rendre publics les noms des industriels concernés si ces pratiques devaient perdurer. « Il y a un moment où trop, c'est trop », affirme-t-il. Il insiste sur la nécessité de « protéger la structure » afin qu’elle puisse poursuivre ses travaux sans influence extérieure ni risque de surestimation de la valeur réelle d’un produit de santé. Avec, en arrière-plan, un enjeu financier rappelé par le président de la HAS : « au bout du compte, c’est l’Assurance maladie qui paye ».

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